BIM
Benoit Senior - Secrétaire général de ADN Construction
Villard de Lans - 18 janvier 2018

Auteur : Marie Juchet
L’Association pour le Développement Numérique dans la Construction rassemble et
accompagne tous les acteurs de la construction (fabricants, entreprises, maîtres d’oeuvre, maîtres
d’ouvrage) pour un développement du numérique respectueux des intérêts de chacun.
Plus précisément, elle a pour but de :

❖ Représenter la filière construction française dans le domaine du numérique,
❖ Définir et contribuer à la mise en œuvre d’une politique collective d’intérêt général
permettant d’accompagner l’ensemble des acteurs du secteur de la construction dans leur
appropriation du numérique. (source ADN Construction)


ADN Construction s’inscrit dans la continuité du Plan de Transition Numérique pour le Bâtiment
(PTNB)1.


Quels sont les atouts du BIM ?
Le BIM est un véritable bouleversement dans les relations qu’ont les acteurs de la construction
entre eux. Alors que la construction jusqu’à aujourd’hui se limitait à une succession de tâches avec
des rôles très séquencés, le BIM regroupe tous les corps de métiers et oblige chaque acteur à
travailler en même temps sur une unique maquette : on parle d’ingénierie concourante.
Le BIM permet aussi d’augmenter la qualité de la construction en évitant les erreurs de ressaisies.
C’est en effet dans les ressaisies qu’il y avait beaucoup d’erreurs, souvent corrigées directement sur
le chantier. Le BIM permet de faire baisser la sinistralité, et donc à terme de faire des économies.


Le BIM réduit-il les délais ?
Il est certain que les tâches de certains acteurs qui prenaient beaucoup de temps avant le BIM sont
au moins aussi longues aujourd’hui. Mais la véritable logique du BIM est de voir le projet dans
son ensemble. La limitation des ressaisies et donc des erreurs fait gagner un temps considérable.


Comment permettre l’appropriation de la maquette BIM par tous les acteurs
(TPE/PME) ?
Il existe à ADN beaucoup de représentants de PME mais aussi des grands groupes. Le gros
avantage pour ces derniers est d’avoir une grande capacité à investir dans une transition, mais leurs
équipes sont tellement énormes et travaillent uniquement en silos (organisation très étanche) qu’il
est compliqué pour eux de diffuser une démarche BIM. 

Pour les TPE et PME, leur organisation est souvent plus agile avec moins de personnel à former,
mais elles n’ont pas le capital nécessaire pour investir lourdement.
C’est là l’un des enjeux d’ADN : garantir que la transition numérique puisse se faire en douceur
pour toutes les entreprises en les accompagnant.


Y a-t-il aujourd’hui un avantage concurrentiel à utiliser le BIM ?
Oui, c’est le jeu du marché et d’ailleurs aujourd’hui certaines PME décident de passer en première
et d’investir. Cependant, certaines PME pensent que l’engouement pour le BIM va à terme
s’essouffler et s’arrêter. D’autres sont sceptiques, restent en retrait et préfèrent attendre d’avoir un
mode d’emploi bien défini avant de se lancer.


Vers une étape « n°2 » du plan de transition numérique pour 20222 ?
Il y a beaucoup d’actions mises en place dans la continuité du plan de transition numérique, mais
l’objectif en 2022 est de systématiser la construction en BIM.
Seulement, la filière du bâtiment est composée d’énormément de petites entreprises qui sont très
diffuses sur le territoire. Le premier et majeur problème qui se pose est l’accès au très haut débit
dans certains territoires. C’est un enjeu important pour la diffusion du BIM car il est impossible de
demander à une entreprise qui n’a pas de connexion internet suffisamment fiable d’utiliser une
plateforme collaborative.


Quel est l’avancement des pays européens sur l’appropriation du BIM ? Les
français sont-ils « à la traîne » ?
La Commission Européenne a monté un groupe de travail avec tous les pays membres : le EU BIM
Task Group3.
Des stratégies différentes ont été mises en place dans les pays. La France a fait le choix de
l’incitation pour encourager l’utilisation des outils numériques et du BIM. L’Angleterre, suivie
depuis peu de l’Italie, a choisi la règlementation et le recours au BIM est obligatoire.
L’obligation n’est pas toujours respectée en Angleterre, et la diffusion des nouvelles pratiques n’est
pas efficace. C’est finalement tout le marché privé qui est réticent à l’utilisation du BIM,
notamment à cause des retours d’expérience négatifs issus du marché public.
Il y a eu en France de longues discussions sur le recours ou non à la réglementation. Le choix s’est
finalement porté sur l’incitation et l’engagement volontaire, qui montre jusqu’ici des résultats tout
aussi satisfaisants que ceux des pays voisins.


Quelles sont les bonnes pratiques de la démarche BIM ? Y a-t-il des documents
obligatoires ?
La première des bonnes pratiques consiste à établir un cahier des charges par la maîtrise d’ouvrage,
afin de définir clairement le but de la maquette.

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1 Le PTNB est un plan national lancé en décembre 2014 par Sylvia Pinel, alors ministre du
Logement, de l’Egalité des territoires et de la ruralité, afin d’accélérer le déploiement des outils
numériques à l’échelle de l’ensemble du secteur du bâtiment. Voir le programme sur le site
Bâtiment Numérique.
2 La charte Objectif BIM 2022 signée en novembre 2017 vise à généraliser le BIM dans la
construction neuve en 2022 en France.
3 Le groupe de travail, créé en février 2015, a pour but de de coordonner les actions des États
membres pour faire émerger une « politique européenne » de généralisation du BIM.